A Passage to India
Le continent indien est une terre miraculeuse pour les photographes. Le théâtre de rue y est permanent. On y prépare à manger, s’y lave dans le caniveau, se rase, vend à la sauvette, dort à même le trottoir, et meurt dans un dernier souffle, surtout à Calcutta il y a cinquante ans où la pénurie alimentaire sévissait, provoquant des famines dévastatrices, ce qui n’est plus le cas. Aujourd’hui, en Inde, la misère il faut la chercher pour la trouver.
Ainsi, à l’époque, les sœurs de la Charité, institution religieuse créée par l’Albanaise mère Teresa, mettaient en place des centres de distribution de nourriture et, au petit matin, des bénévoles ramassaient les agonisants de la nuit pour les transporter dans le mouroir de mère Teresa où ils expiraient dans le calme et la solitude, avant de connaître un bûcher anonyme sur une place discrète de crémation.
Une sœur de la Charité, jeune et jolie, m’avait conduit en taxi chez les lépreux pour déjeuner en leur compagnie. Le chauffeur, terrifié, avait refusé de traverser le pont qui enjambait un ruisseau infect de puanteur où des intouchables équarrissaient des vaches mortes. Par respect pour leurs visages sans nez ni oreilles et leurs namasté aux doigts grignotés par la maladie, j’avais laissé mon Nikon dans son sac.
En comparaison, avec sa population rieuse et accueillante, le Sri Lanka pourrait apparaître comme un jardin d’hiver paradisiaque. Les pêcheurs de la côte, dans leurs immenses barques en bois, offraient le spectacle renouvelé d’une solidarité entre villageois. Cependant, ils n’attrapaient pas que du petit poisson frétillant, mais également d’énormes tortues de mer, dépecées au marché, pratique aujourd’hui interdite pour préserver une espèce en voie d’extinction.
Havre de paix chez le réalisateur sri-Lankais multi primé Lester James Peries, à Mont Lavinia. Il m’avait demandé d’exiger d’Henri Langlois qu’il lui rende les copies de ses films prêtées dans le cadre d’une rétrospective à la Cinémathèque française. J’en avais touché deux mots à son célèbre directeur. Langlois s’était contenté de me sourire. Ainsi les cinémathèques se montent-elles !
INDIA & SRI LANKA
The Indian subcontinent is a miraculous land for photographers. Street theatre is a constant feature there. People cook their meals, wash in the gutter, shave, sell goods on the street, sleep on the pavement, and die with their last breath – particularly in Calcutta fifty years ago, when food shortages were rife, causing devastating famines, though this is no longer the case. Today, in India, you have to go looking for poverty to find it.
Back then, the Sisters of Charity – a religious order founded by the Albanian Mother Teresa – set up food distribution centres, and in the early hours of the morning, volunteers would gather up those who had been almost dying throughout the night and take them to Mother Teresa’s hospice, where they would breathe their last in peace and solitude, before being cremated anonymously at a discreet cremation site.
A young, pretty Sister of Charity had taken me by taxi to the lepers’ settlement to have lunch with them. The driver, terrified, had refused to cross the bridge spanning a foul-smelling stream where untouchables were butchering dead cows. Out of respect for their faces, devoid of noses and ears, and their namaste gestures with fingers gnawed away by the disease, I had left my Nikon in its bag.
By comparison, with its cheerful and welcoming people, Sri Lanka might seem like a heavenly winter garden. The coastal fishermen, in their huge wooden boats, provided a recurring spectacle of solidarity amongst the villagers. However, they caught not only small, wriggling fish, but also enormous sea turtles, which were butchered at the market – a practice now banned to protect an endangered species.
A haven of peace at the home of the multi-award-winning Sri Lankan director Lester James Peries, in Mont Lavinia. He had asked me to insist that Henri Langlois return the copies of his films that he had lent for a retrospective at the Cinémathèque Française. I’d mentioned this in passing to its famous director. Langlois had merely smiled. That’s how film archives are run!



















































