Que la fête commence !
La petite Bretagne est un terrain de prédilection pour un photographe. Elle permet de saisir des scènes insolites et certains travers de ses habitants, comme l’alcoolisme chronique qui ravage encore une frange de la population bretonne. Tout est prétexte à trinquer, en particulier au cours des matchs de football du club de Guingamp, ma ville, avec ses débordements vineux ou chargés en houblon. Un jour le préfet a voulu interdire les buvettes au stade d’En Avant. Révolte des supporters et marche arrière immédiate de l’autorité administrative.
Les traditions ancestrales resurgissent au moment des mariages groupés, des rondes plinn collectives, des fêtes paroissiales, des braderies de quartier, des concerts improvisés ou officiels comme celui du chanteur engagé Glenmor, ou encore des processions religieuses en hommage aux marins perdus en mer. Un enchantement.
Pourtant, le 16 mars 1978, la Bretagne est endeuillée par la pire catastrophe écologique de l’histoire. Le supertanker américain Amoco Cadiz a talonné devant Portsall, dans le Finistère, et coulé avec ses milliers de tonnes de pétrole lourd, maronnasse, visqueux. « Pire que le nucléaire » a tagué sur un mur un riverain ulcéré.
Arrivé sur place peu après, mes photos, surtout en couleur, témoignent de l’immensité du désastre. Le temps de déguster des huîtres de l’Aber Vrac’h par pure provocation, retour à Paris. Mais Jean Monteux à Gamma m’a laissé entendre sans ambages que l’actualité avaient chassé l’actualité et que les médias ne s’intéressaient déjà plus à cette effroyable catastrophe. Ils étaient passés à autre chose avec un sens de la légèreté stupéfiant et inqualifiable.
J’ai compris ce jour-là que le rejet de mes photos signait sans doute la fin de ma carrière éphémère de photoreporter. Mon désir de jeunesse n’était plus de courir après l’événement, mais de le créer en le mettant en scène dans des films de fiction pour le cinéma.
La fin de la décennie des années soixante-dix en Angleterre a connu une effervescence contre-culturelle remarquable. Une permissivité unique s’est développée malgré la main de fer de Margaret Thatcher qui a cherché à imposer ses idées réactionnaires. Trafalgar Square était l’épicentre d’une liberté individuelle assumée, le lieu idéal pour saisir ces instants de libération et de contestation.
LITTLE & GREAT BRITAIN
Brittany is a photographer’s paradise. It offers the chance to capture unusual scenes and certain quirks of its inhabitants, such as the chronic alcoholism that still ravages a section of the Breton population. Any excuse will do for a drink, particularly during football matches involving Guingamp, my home town, with their wine-fuelled or beer-soaked excesses. One day, the prefect tried to ban the refreshment stalls at the En Avant stadium. Football fan’s revolt followed, and the administrative authorities immediately backtracked.
Ancient traditions are revived during mass weddings, communal ‘rondes plinn’, parish festivals, neighbourhood flea markets, impromptu or official concerts – such as that by the socially conscious singer Glenmor – and religious processions in honour of sailors lost at sea. It’s truly enchanting.
Yet, on 16 March 1978, Brittany was plunged into mourning by the worst environmental disaster in history. The American supertanker Amoco Cadiz ran aground off Portsall, in Finistère, and sank with its thousands of tonnes of heavy, brownish, viscous oil. “Worse than a nuclear disaster,” a furious local resident spray-painted on a wall.
I arrived on the scene shortly afterwards. My photographs, mostly in colour, bear witness to the sheer scale of the disaster. Just enough time to savour some oysters from Aber Vrac’h out of sheer defiance, then back to Paris.
But Jean Monteux at Gamma made it abundantly clear to me that one news story had simply replaced another, and that the media had already lost interest in this appalling disaster. They had moved on to something else with a staggering and indescribable sense of frivolity.
I realised that day that the rejection of my photos probably signalled the end of my short-lived career as a photojournalist. My youthful ambition was no longer to chase after events, but to create them by staging them in fictional films for the cinema.
The end of the 1970s in England saw a remarkable counter-cultural effervescence. A unique sense of permissiveness developed despite the iron fist of Margaret Thatcher, who sought to impose her reactionary ideas. Trafalgar Square was the epicentre of unashamed individual freedom, the ideal place to capture those moments of liberation and protest.
































































