Gavroches
Je me suis rendu compte au fil des ans de l’intérêt photographique que je portais aux enfants. Tous n’évoluaient pas, hélas, dans un univers harmonieux et bienheureux. Si certains riaient, d’autres pleuraient. La misère se tenait à leur porte, même dans leur logis insalubre, comme les gosses crasseux du quartier quasi sinistré de Bradford, dans le Yorkshire, en Angleterre.
Si ceux de la cité de logements sociaux de Grigny-La Grande Borne dans les Yvelines, au sud de Paris, ne semblent pas particulièrement malheureux, ils évoluaient dans un monde de béton où les arbres étaient tristement rachitiques et même conçus par endroits en ciment. L’architecte Émile Aillaud, qui avait commis cette ville soi-disant humaine et généreuse, avec ses mosaïques animalières et ses figures pseudo humaines, n’avait sans doute pas compris que le portrait géant d’Arthur Rimbaud, aussi jeune et beau fut-il, ne pouvait pas apporter la joie de vivre aux enfants qui ignoraient tout de ce poète prodige et maudit. Dès 1971, le « Disney World » de Grigny la Grande Borne d’un architecte hors-sol s’était transformé en cité perdue, écrasée de solitude et d’ennui, avec des pelouses pelées, des mares croupies, et des bancs, des tables de pierre, des lampadaires vandalisés par le désœuvrement des habitants.
Les enfants de l’Inde et du Sri Lanka, qui ne possèdent rien, m’étaient apparus moins accablés que certains petits Européens, sans parler des gamins de Belfast, confrontés à la violence et à la guerre.
Heureusement certains garnements, facétieux et malicieux, donnent une teinte plus enjouée au monde incertain de l’enfance.
CHILDHOODS
Over the years, I have come to realise the photographic interest I have in children. Not all of them, alas, grew up in a harmonious and happy world. Whilst some laughed, others wept. Poverty loomed at their doorstep, even in their squalid homes, like the filthy children of the near-ruined neighbourhood of Bradford, in Yorkshire, England.
Whilst the residents of the Grigny Grande Borne social housing estate in the Yvelines, south of Paris, did not seem particularly unhappy, they lived in a world of concrete where the trees were pitifully stunted and, in some places, even made of cement. The architect Émile Aillaud, who had designed this supposedly humane and generous estate, with its animal mosaics and almost human figures, had clearly failed to realise that the giant portrait of Arthur Rimbaud – however young and handsome he might be – could not instil a zest for life in children who knew nothing of this prodigious and cursed poet. By 1971, the ‘Disney World’ of Grigny-la-Grande-Borne, the brainchild of an architect out of touch with reality, had turned into a lost housing estate, crushed by loneliness and boredom, with bare patches of grass, stagnant puddles, and benches, stone tables and street lamps vandalised by the residents’ idleness.
The children of India and Sri Lanka, who have nothing, struck me as less weighed down than some European children, not to mention the youngsters in Belfast, who are faced with violence and war.
Fortunately, some of these mischievous, playful urchins lend a more cheerful tone to the uncertain world of childhood.


















































































