Pietà
Il n’existe pas une, mais des solitudes. Elles se sont imposées à mon objectif au gré des photos, dans divers endroits d’Europe et d’Amérique, mais toujours avec le même sentiment d’écrasement des individus sous le poids de la misère ou de l’urbanisme déshumanisé, comme dans la cité-dortoir de Grigny La Grande Borne. Dans cet environnement mortifère, les enfants, mais pas seulement, m’ont semblé être les premières victimes.
Une sociologue m’avait demandé une étude photographique sur la gare d’Argenteuil, dans le Val d’Oise, que j’ai étendu à celles de Boissy-Saint-Léger, dans le Val-de-Marne, et de Nation. Elles n’avaient rien à envier à celle de Perpignan, chère à un artiste moustachu surréaliste célèbre, qui la considérait sans raison apparente comme le centre du monde. Même ennui morne dans les regards, même lassitude molle dans les gestes, de quai en quai, de couloir en couloir.
Le continent indien n’est pas épargné par ces solitudes individuelles dans un univers grouillant, bruyant, malodorant, de plus d’un milliard d’habitants. Ailleurs, à Berlin, Londres, Rome, Winnipeg, Moscou, Paris, même impression de tristesse, à l’image de ce Russe et sa croix du Christ plantée sur le cœur.
S’amuse-t-on davantage dans les fêtes foraines, celle de l’Humanité, de la Jeunesse ou dans des cirques minables de province ? Rien n’est moins sûr. Chacun est toujours seul, en mauvaise compagnie avec sa solitude, malgré la présence d’autres humains, parfois au coude-à-coude, comme ce jeune homme sur une estrade, apparemment accablé, qui tourne le dos à un spectacle supposé réjouissant. Même le comédien Daniel Emilfork est condamné à la solitude d’un tournage.
SOLITUDES
There is not just one form of solitude, but many. They have imposed themselves on my lens as I have taken photographs in various parts of Europe and America, but always conveying the same sense of individuals being crushed under the weight of poverty or dehumanising urban planning, as in the dormitory town of La Grande Borne. In this bleak environment, children – though not only them – struck me as the first victims.
A sociologist had asked me to undertake a photographic study of Argenteuil station, in the Val d’Oise, which I extended to include Boissy-Saint-Léger station, in the Val-de-Marne, and Nation – stations every bit as impressive as that of Perpignan, dear to a famous moustachioed surrealist artist who, for no apparent reason, regarded it as the centre of the world. The same dreary boredom in their eyes, the same listless weariness in their movements, from platform to platform, from corridor to corridor.
The Indian subcontinent is not spared these individual solitudes in a teeming, noisy, foul-smelling world of over a billion inhabitants. Elsewhere – in Berlin, London, Rome, Winnipeg, Moscow, Paris – the same sense of sadness prevails, as epitomised by that Russian man with his cross of Christ pressed to his heart.
Is there more fun to be had at funfairs, the Fête de l’Humanité, the Fête de la Jeunesse, or in seedy provincial circuses? Nothing could be less certain. Everyone is always alone, in bad company, with their own loneliness, despite the presence of other people, sometimes shoulder to shoulder, like that young man on a stage, looking utterly dejected, who has turned his back on what is supposed to be an entertaining show. Even the actor Daniel Emilfork is condemned to the loneliness of a film shoot.





























































































































