QUE LA COULEUR SOIT

J’aurais pu distiller les Kodachrome sélectionnés au sein des différentes rubriques. Mais ils seraient apparus comme des éclats incongrus dans une harmonie de noirs et de blancs, une tache certes colorée, peut-être brillante, mais déplacée.

J’ai préféré leur consacrer un thème inspiré de la Genèse, « Que la lumière soit », car, comme chacun sait, le spectre lumineux de l’arc-en-ciel naît de la lumière. On y retrouve les éléments des thèmes développés ailleurs, ENFANCES, SOLITUDES, PETITE & GRANDE-BRETAGNE…

Dans mon souvenir, vieux d’un demi-siècle, les images du Maroc et de la Tunisie se confondent un peu. Le projet de film de cinéma, Lucien chez les barbares d’Armand Bernardi, brutalement arrêté la veille du tournage faute d’autorisation, m’avait permis de flâner dans les rues de Tunis et le sud tunisien pour repérer d’éventuels décors.

Les couleurs crues, propres au Maghreb, ne sont pas sans rappeler celles du photographe belge Harry Gruyaert à qui je rends hommage pour ses photos sur le Maroc.

La couleur réserve parfois des surprises, bonnes ou mauvaises. Ainsi, les ouvrières de Lourdes utilisent des peintures vulgaires sur les statues de la Vierge et les moines cisterciens de l’abbaye d’Aiguebelle, dans la Drôme, baignent dans une douceur méditative propice à leur sacerdoce.

Dans la catastrophe écologique de l’Amoco Cadiz, dont on voit la silhouette brisée, encore dressée au large de Portsal, les images en couleur soulignent l’étendue invraisemblable du désastre. Les gros plans des nappes stagnantes de pétrole lourd iranien pourraient évoquer les torrents de chocolat liquide du film Charlie et la Chocolaterie de Tim Burton. Mais cette effroyable calamité, due à l’inconséquence des hommes, ne suscite aucun rire des enfants.

D’autres enfants dans des couleurs vives, en Angleterre, en Inde, en Irlande, par leurs sourires ou leurs regards interrogateurs, ayant peint sur les murs de Belfast des fresques prouvant que la rue leur appartient, gommeront peut-être un peu le sentiment de désolation que les adultes risquent de leur laisser en héritage.

Enfin, le carnaval de Cayenne a été un pur moment de délire partagé où les barrières morales avaient sauté le temps de la fête.

Voyage en Guyane et au Brésil financé par la Villa Médicis Hors les Murs pour un projet de film de cinéma consacré au reportage du journaliste Albert Londres, enquêtant sur l’ignominie du bagne dans les années 30. Le film ne verra jamais le jour mais, des années plus tard, il deviendra un roman, L’Homme qui s’évada.

LET THERE BE COLOUR

I could have scattered the selected Kodachrome photographs throughout the various sections. But they would have appeared as incongruous flashes amidst a harmony of blacks and whites – a splash of colour, certainly, perhaps even vibrant, but out of place.

I preferred instead to dedicate a theme to them, inspired by Genesis: ‘Let there be light’, for, as everyone knows, the rainbow’s spectrum of colours arises from light. Within it, we find elements of themes explored elsewhere: CHILDHOOD, SOLITUDE, LITTLE & GREAT BRITAIN…

In my memories, dating back half a century, the images of Morocco and Tunisia blur somewhat. The feature film project, Lucien chez les barbares by Armand Bernardi—which was abruptly halted the day before filming was due to a lack of authorisation—had allowed me to wander the streets of Tunis and southern Tunisia in search of potential locations.

The vivid colours, so characteristic of the Maghreb, are reminiscent of those captured by the Belgian photographer Harry Gruyaert, to whom I pay tribute for his photographs of Morocco.

Colour can sometimes hold surprises, for better or for worse. For instance, the women artisans in Lourdes use ordinary paints on the statues of the Virgin Mary, whilst the Cistercian monks at Aiguebelle Abbey, in the Drôme, are bathed in a meditative tranquillity that is conducive to their vocation.

In the Amoco Cadiz oil spill, where the ship’s shattered hull can still be seen standing off the coast of Portsal, the colour images highlight the unbelievable scale of the disaster. The close-ups of the stagnant slicks of Iranian heavy crude oil might bring to mind the torrents of liquid chocolate in Tim Burton’s film Charlie and the Chocolate Factory. But this appalling calamity, caused by human recklessness, elicits no laughter from the children.

Other children, dressed in bright colours, in England, India and Ireland – with their smiles or questioning glances, having painted murals on the walls of Belfast to prove that the streets belong to them – may perhaps somewhat dispel the sense of desolation that adults risk leaving them as a legacy.

Finally, the Cayenne carnival was a moment of pure, shared revelry, where moral barriers were cast aside for the duration of the festivities.

A trip to French Guiana and Brazil funded by the Villa Médicis Hors les Murs for a feature film project based on the reportage by journalist Albert Londres, who investigated the atrocities of the penal colony in the 1930s. The film never saw the light of day, but years later it became a novel, L’Homme qui s’évada.

Prostituée dans le bordel de Tunis, photographiée pour le film Lucien chez les barbares
Bédouine dans le sud tunisien
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Inde & Sri Lanka
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Marée noire à Portsall – Finistère
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Belfast – Irlande du Nord
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Si Dieu le veut
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Carnaval de Cayenne – Guyane